-   La Fabrication d'un Couteau   -

   Dans un souci de clarté, beaucoup de ces étapes et manipulations ne sont pas décrites. Cela donne toutefois une vue d'ensemble du processus de fabrication d'un couteau. Vous pouvez également consulter le Lexique si besoin.

*   Conception & Dessin   *

   Chaque couteau est le fruit d'une réflexion, qui débute généralement par une demande particulière, une inspiration passagère, un type d'utilisation ou un design original.

 

    Lorsque les principales caractéristiques sont établies, la lame est dessinée sur papier à la main en taille réelle. Quand la forme est définitive, une copie est réalisée sur du papier cartonné et servira par le suite de patron. Pour des modèles originaux ou atypiques, il m'arrive de fabriquer des patrons d'épaisseur et de taille identiques à la future lame afin de mieux les évaluer.

*   Le choix de l'acier & des matériaux du manche   *

   Je travaille actuellement l'acier XC75, le 90MCV8 (O2), l'acier O1 ou 100MCW4, ainsi que l'acier inoxydable RWL 34. Ce sont des aciers à haute teneur en carbone qui s'affûtent relativement facilement et qui ont un bon pouvoir de coupe. L'acier de type XC75 est depuis longtemps utilisé en coutellerie, sur divers formats de lames. L'acier O1 est plus récent et est fréquemment utilisé sur les couteaux dits de bushcraft. De par sa composition, l'acier O1 est moins sensible à la corrosion et le tranchant est plus durable. L'acier 90MCV8 dans ses caractéristiques se situe entre ces deux derniers. Le RWL 34 est un acier issu de la métallurgie des poudres, il est quant à lui inoxydable et possède un tranchant très fin à l'excellente tenue de coupe. Pour plus d'information sur les aciers utilisés, cliquez ici

 

   Les manches sont réalisés en bois durs, en corne, ou en matériaux composites (Micarta et G10). Ces derniers ont une excellente stabilité dans le temps et face aux éléments, ils ne nécessitent aucun entretien particulier. La corne et le bois offrent un toucher plus naturel et une grande variété de couleurs, motifs et  textures. Les manches en bois évolueront et se pâtineront avec le couteau.

*   Mise en forme de la lame   *

    La lame peut être forgée ou mise en forme par enlèvement de matière (stock removal). Dans ce dernier cas, celui que j'utilise la plupârt du temps, le dessin de la lame est reporté sur la pièce d'acier choisie, qui est ensuite mise en forme à l'aide d'une scie à ruban, d'une disqueuse ou du backstand (ponceuse à bandes).

 

   C'est à cette étape que l'émouture est réalisée à la main au backstand. Pour ce faire, des lignes guides sont généralement traçées. Afin d'éviter des désagréments lors de la trempe, l'émouture n'est pas entièrement finalisée et le fil du tranchant garde une certaine épaisseur. Des trous sont également perçés dans le manche pour améliorer la répartition du poids et la prise de l'adhésif (colle epoxy).

 

  En l'état actuel, la lame n'est pas assez dure pour conserver son pouvoir de coupe. Afin de durcir l'acier, il faut donc réaliser ce que l'on appelle les traitements thermiques.

*   Les traitements thermiques   *

   Une attention particulière est accordée aux traitements thermiques, qui se caractérisent principalement par les normalisations, la trempe et les revenus. Ces opérations constituent la base indispensable à toute lame de qualité.    

 

     La trempe se réalise en chauffant l'acier dans une plage de température allant de 800°C à 1100°C (en fonction de l'acier utilisé), puis en le refroidissant brusquement. Il s'agit pour les aciers au carbone de plonger la lame préalablement "chauffée au rouge cerise" dans de l'huile, ce qui aura pour effet de contracter et durcir la structure interne de l'acier. Le XC75 et le 90MCV8 sont généralement trempés à l'aide de la forge à gaz. L'acier O1 et le RWL 34 quant à eux passent par le four de trempe à température contrôlée. Les 3 premiers sont trempés à l'huile, tandis que le RWL 34 est placé et maintenu entre deux plaques d'aluminium épaisses en sortie de four. 

 

   A l'issue de ce processus, l'acier est devenu très dur mais il est aussi devenu cassant. Un second traitement appelé "revenu" doit alors être réalisé. Il consiste à réchauffer l'acier une nouvelle fois, et à température plus basse, juste en sortie de trempe. Cela a pour effet de lui donner plus de souplesse tout en conservant sufisamment de dureté. Afin d'optimiser la transformation structurelle de l'acier durant ce processus, 2 cycles de revenus plus ou moins longs et plus au moins chauds sont réalisés.

*   Finitions & gravures   *

    A l'issue de ces deux opérations, la lame est poncée ou sablée afin d'enlever les traces laissées durant les traitements thermiques, puis l'émouture finale est réalisée. Une finition particulière peut être donnée à la lame en la martelant avant la trempe, en la polissant, en la patinant ou en la microbillant. Plusieurs de ces méthodes sont parfois combinées. 

 

    Viennent ensuite les gravures du logo et de ma signature, effectuées à l'aide d'un procédé électro-chimique (courant électrique et électrolyte). La lame est affûtée, puis s'en suit le montage du manche.

*   Montage du manche   *

    Des plaquettes (de bois, corne, ou matériaux composites) sont découpées avant d'être percées, puis mises en formes et fixées sur le couteau à l'aide de colle epoxy et de pins ou tubes en inox, mailleshort, aluminium ou laiton.

 

   Une fois la colle sèche, l'excédent de matière est enlevé et le manche est façonné à la forme désirée avec le Backstand, les finitions sont réalisées à la main. Il est ensuite poli, microbillé, ou laissé tel quel selon les spécifications du moment, et imprégné avec de l'huile de Tung dans le cas d'un manche en bois. 

 

   Le couteau est désormais terminé! Il ne reste plus qu'à réaliser une dernière inspection, des ajustements éventuels, l'aiguisage final, et la confection de l'étui.

*   Confection de l'étui   *

      L'étui est réalisé en cuir ou en kydex, ou en combinant les deux.

 

   Le cuir est une matière noble et vivante, ses possibilités de personnalisations esthétiques et fonctionnelles sont larges, et il nécessite un entretien occasionnel afin de conserver toutes ses qualités (huiles pour cuir). Il évoluera et se patinera naturellement au fil du temps. 

 

   Le kydex est un matériau plastique thermoformé très résistant qui assure un maintien ferme du couteau dans l'étui. Il ne demande aucun entretien particulier. Très peu sensible aux variations climatiques, il autorise également diverses personnalisations et divers modes de port.